Airbus a présenté à Berlin sa suite logicielle MARS Autonomy, qui permet à plusieurs drones autonomes de partager une même intelligence artificielle en temps réel. Une avancée clé pour la défense européenne et l'essor des drones militaires collaboratifs.
Le secteur de la défense vit sa petite révolution, celle des drones autonomes capables de coopérer sans intervention humaine constante. C'est ce qu'Airbus a démontré au salon ILA Berlin 2026 il y a quelques semaines et que le géant continue d'expérimenter, avec MARS Autonomy, un logiciel qui relie plusieurs drones à une seule et même intelligence artificielle, plutôt que de confier chaque appareil à un pilote isolé derrière son écran. Deux UAV Primoco ont volé côte à côte, en totale autonomie, pour accomplir ensemble deux missions de surveillance devant le public, une prouesse qui ouvre la voie à une nouvelle génération de systèmes aériens sans pilote.
Comment Airbus fait voler des drones en toute autonomie
Alors comment ça marche ? Chaque drone a traditionnellement son propre pilote, chargé de gérer le vol, la charge utile et l'analyse des images en simultané. Un travail épuisant, qui limite fortement le nombre d'appareils déployables. Mais avec MARS Autonomy, Airbus renverse la logique, car au lieu de plusieurs cerveaux séparés, c'est une seule intelligence distribuée qui coordonne l'ensemble de la flotte, en temps réel.
Pour expliquer le fonctionnement, le responsable du programme chez Airbus Defence and Space, Thomas Schmitt, utilise une image parlante : celle d'une équipe de football. Sur un terrain, personne ne dicte à chaque joueur où poser le pied à chaque seconde, car tous connaissent l'objectif et s'organisent naturellement pour l'atteindre ensemble. C'est exactement ce que fait MARS Autonomy avec les drones, car plutôt que de dépendre d'un pilote qui transmettrait chaque information à la main, les appareils partagent automatiquement ce qu'ils détectent. Si l'un repère une cible, les autres en sont informés instantanément, sans qu'aucun opérateur n'ait besoin de relayer la donnée.

Lors de la démonstration à Berlin le mois dernier, les deux Primoco One 150 ont enchaîné deux scénarios. D'abord une surveillance multi-rôles coordonnée, puis une mission accélérée grâce au travail d'équipe. Une prouesse inédite pour un salon public européen, qui prouve que cette technologie a bien quitté les laboratoires pour entrer dans le concret opérationnel. Autre atout mis en avant par Airbus : la solution s'adapte à n'importe quelle plateforme, propriétaire ou tierce, pilotée ou non, sans développement sur mesure.
Dans le détail, la suite MARS Autonomy s'appuie sur quatre briques complémentaires. On peut compter sur la planification automatisée des missions et des trajectoires, la gestion en temps réel des tâches avec replanification dynamique, la distribution des données (reconnaissance automatique de cibles, fusion d'informations, vidéo en direct) et enfin la gestion du vol, incluant l'évitement de collisions. Tout cela permet de couvrir l'ensemble de la chaîne opérationnelle, de la préparation au retour de mission.
Thomas Schmitt explique également que lors d'une opération réelle, il suffirait à l'opérateur de formuler un ordre simple, par exemple repérer tous les systèmes sol-air présents dans une zone donnée et en fournir la localisation avec des images. Charge ensuite au système de répartir seul les tâches entre les appareils en réseau, que la coopération s'opère entre humains et machines ou entre plusieurs drones.

Vers des drones de combat pleinement européens
Cette autonomie ne veut pas dire pour autant que l'humain disparaît de l'équation, dit Airbus. L'avionneur a conçu son système autour du principe du « contrôle humain significatif », c'est-à-dire que le logiciel gère seul les tâches non critiques, comme la navigation ou la détection de cibles, mais qu'il laisse à l'opérateur la décision finale dès qu'un enjeu sensible se présente, par exemple engager une cible. L'IA propose ainsi une analyse et une recommandation, que l'humain valide ou non. Le pilote, jusqu'ici absorbé par des tâches répétitives, devient ainsi un vrai chef de mission, chargé de superviser plusieurs drones à la fois plutôt que d'en piloter un seul en continu.
Airbus compare ce système à un smartphone, et l'image est parlante. Car de la même façon qu'un téléphone gagne de nouvelles fonctions via des applications téléchargées, sans qu'on ait besoin de changer d'appareil, un drone équipé de MARS Autonomy peut voir ses capacités évoluer par simple mise à jour logicielle. Cette approche, dite « software-defined », signifie concrètement que si une nouvelle menace apparaît sur le terrain, l'armée n'a pas besoin de développer un nouveau drone : il suffit d'installer un nouveau programme sur les appareils existants pour les adapter, un peu comme on installerait une nouvelle application.
Cette technologie est utile pour la surveillance, mais pas que. Airbus l'envisage pour plusieurs missions militaires. Elle pourrait servir au renseignement et à la reconnaissance (ce qu'on appelle l'ISR), à neutraliser les défenses antiaériennes adverses avant l'arrivée d'autres appareils, ou encore à transporter du matériel de façon totalement autonome. Le système est aussi conçu pour grossir avec les besoins. Une flotte peut ainsi accueillir davantage de drones, et même se voir confier des missions plus offensives, l'« engagement », c'est-à-dire l'attaque d'une cible, le tout piloté par un seul opérateur faisant office de chef d'orchestre, afin de gagner en efficacité sans multiplier les effectifs humains.
Ce projet nourrit l'ambition de ne plus dépendre de technologies étrangères pour équiper les futurs avions de combat européens. De la souveraineté donc en matière de défense. Dans cette optique, MARS Autonomy n'est presque qu'un rouage parmi d'autres, puisque le logiciel s'intègre dans un ensemble plus vaste, baptisé MARS Mission System, qui sert de socle technologique commun à toute une famille de futurs appareils. C'est justement ce socle qui doit porter le programme européen UCCA (pour « avions de combat collaboratifs sans pilote »), l'ambition d'Airbus de faire voler, aux côtés des avions de chasse pilotés, des drones de combat capables d'agir en équipe.
Après une intégration prévue cette année sur les Primoco One 150, ce système équipera l'Airbus U740 Valkyrie à partir de 2029, en tandem avec l'Eurofighter, avant l'arrivée du U760 Ravenstorm, appareil totalement souverain, annoncé pour 2032. Une feuille de route qui dessine, progressivement, le futur visage du champ de bataille aérien européen.